Alger, Khartoum Envoyé spécial
Ils ont confondu le hall bondé de l'aéroport de Khartoum avec une tribune de stade. Rien de grave : ici, au Soudan, les supporteurs algériens semblent être chez eux. Le contrôle du passeport se transforme en séance photo avec les douaniers. Dehors, une dizaine d'adolescents acclament plus de deux cents Algériens. Et eux ? Ils embrassent les plus vieux, enlacent les enfants... Dans les rues ternes de la capitale, entassés dans les taxis, les fans maghrébins sont reconnus, klaxonnés, encouragés par les Soudanais : "Allez l'Algérie ! Faut battre l'Egypte !"
Lundi 16 novembre, 21 heures. Une jeunesse surexcitée vient de débarquer d'Alger dans l'un des trente vols affrétés par Air Algérie. La compagnie aérienne prévoit d'acheminer plus de 7 000
supporteurs vers Khartoum où doit se dérouler, mercredi 18, l'ultime rencontre entre l'Algérie et l'Egypte. Le vainqueur ira au Mondial en juin. Les prix des billets - pris d'assaut dans les
agences d'Alger - ont été divisés par plus de quatre, bradés à 20 000 dinars (200 euros), ce qui représente quand même l'équivalent d'un mois de salaire.
Hamine Bakha aurait tellement voulu voir son équipe nationale vaincre les Pharaons, samedi 14. Au Caire, "j'ai vécu plus que l'enfer ", explique ce commerçant de 26 ans, maillot de l'AS Saint-Etienne sur les épaules. A la presse algérienne, à d'autres supporteurs, il raconte comment il s'est fait "chasser" à la sortie du stade, "caillasser" dans le bus. "Des Egyptiens nous ont balancé des fumigènes, on aurait pu brûler dans ce bus." Air Algérie lui a offert le billet.
"ON LES A ACCUEILLIS AVEC DES FLEURS"
Dans l'avion, entre deux chants et les youyous des hôtesses, on décortique les journaux. On lit et relit en français, en arabe, les articles consacrés à ces supporteurs morts à la sortie du stade - les autorités algériennes démentent -, à cette femme déshabillée devant un soldat égyptien, aux joueurs blessés, aux drapeaux brûlés, on apprécie ces éditos qui rappellent que l'Algérie était venue épauler son "frère" lorsqu'il était en guerre contre Israël.
"Quand les Pharaons sont venus jouer à Blida, en juin, on les a accueillis avec des fleurs", martèle Mohamed Kouchik, 23 ans, un supporteur qui a passé la nuit à l'aéroport d'Alger pour arracher un billet. Pour beaucoup de jeunes, le match ne sera pas sur la pelouse, mais dans les rues poussiéreuses de Khartoum. "Vengeance", réclament-ils. "On va leur faire le double, le triple de ce qu'ils nous ont fait", lance un autre. Le gouvernement soudanais a mobilisé 15 000 policiers prêts à intervenir en cas de débordements avant, pendant et après la rencontre. Sur les 41 000 places du stade d'Omdurman, 9 000 seront réservées aux publics des Fennecs, autant pour les Pharaons.
Mais tous n'espèrent pas une bataille rangée. "Je ne suis pas pour la vengeance, riposte Hadjassa Boudjemaa, 28 ans, un ingénieur. Si on doit les taper, ça sera sur le terrain : nous ne sommes pas des Egyptiens."
La jeunesse - sur les 35 millions d'habitants, 35 % de la population à moins de 25 ans - est "amoureuse" de son équipe nationale. Les Fennecs sont une morphine pour "oublier la misère" du pays. Une jeunesse coincée entre la Méditerranée, le Sahara, la "zetla" (le cannabis), le chômage et la prière.
"PAS D'AVENIR ICI"
Lorsque l'Algérie s'était inclinée samedi (0-2) au Caire, Alger avait cessé de vivre. Les jeunes y racontaient leur désespoir. "Tu veux savoir c'est quoi ma vie ?, lançait Adel Kouidri, 18 ans, étudiant en droit. C'est ça ! Tu comprends ? C'est le vide. Il n'y a pas d'avenir ici.""Si tu n'as pas de piston, tu ne peux rien faire", jurait Rachid Akouri, 24 ans, au chômage en "CDI". "L'Etat algérien ne fait rien pour nous, enchaînait Islam Louhadi, 28 ans, chômeur aussi. Il a de l'argent mais pas pour nous. C'est pas grave : on aime l'Algérie."
Pour Nacer Djabi, sociologue, cette équipe de football peut être "un déclic pour réconcilier les jeunes et le nationalisme". "Les jeunes sont très critiques contre le système, ils ne croient plus en rien, explique-t-il. Mais si l'équipe nationale gagne, c'est l'Algérie qui gagne." "Cet élan patriotique spontané a surpris tout le monde, assure l'éditeur Abdallah Benadouda. On pensait que la jeunesse avait tourné le dos à son pays."
Ainsi, cette qualification pour la Coupe du monde - les Fennecs n'y sont plus allés depuis 1986 - représente un espoir pour cette jeunesse traumatisée par la "décennie noire" des années 1990 où des dizaines de milliers d'Algériens sont morts dans une guerre civile larvée contre le terrorisme islamique. "Le renouveau du football algérien correspond au retour de l'Algérie sur la scène mondiale", affirme Azzedine Mihoubi, secrétaire d'Etat à la communication. Pour lui, voir flotter autant de drapeaux dans le pays "réaffirme la présence de l'Etat, de la République et de la démocratie, tout ce que les intégristes voulaient détruire".
L'adhésion populaire aux Fennecs leur a valu le surnom "d'équipe du consensus national". Tous les Algériens sont considérés sur le même plan, même ceux qui sont nés en France. C'est le cas de 14 joueurs - sur 25 - de l'équipe d'Algérie. Et ceux qui ne parlent pas arabe ? C'est pardonné. Hassan Yebda et Mourad Meghni avaient même gagné la Coupe du monde des moins de 17 ans en 2001 avec... les Bleus. "Les immigrés sont aussi des Algériens", assurent en choeur les supporteurs. Comme le rappelle le sociologue Nacer Djabi : "Le pays a rarement été aussi uni."
Mustapha Kessous - Le Monde
La Fédération algérienne s'en prend à son homologue égyptienne
Le président de la fédération algérienne de football a accusé mardi son homologue égyptien d'être "à l'origine" des violences ayant entouré le match de qualification pour le Mondial-2010 disputé samedi dernier au Caire. Samir Zaher "est à l'origine de tous les événements qui se sont produits, notamment notre agression barbare qui a fait que nous avions des blessés (trois, ndlr), qui a choqué nos joueurs et les a mis dans des conditions extrêmement défavorables", a déclaré Mohamed Raouraoua à un petit groupe de journalistes à Khartoum.
A l'issue du match joué au Caire samedi, M. Raouraoua a refusé de serrer la main de son homologue Samir Zaher, selon un journaliste de l'AFP sur place. "Je refuse de serrer la main de quelqu'un qui est à l'origine de tout ce qui est arrivé au Caire parce que c'est lui qui a commencé ces déclarations et demandé à ses supporters de faire trembler la terre sous les pieds de la délégation algérienne", a ajouté M. Raouraoua.
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La victoire a sonné comme une délivrance pour le peuple algérien qui guettait un
signe de la Providence pour renouer avec la joie. Grand et historique a été l’accueil réservé par le public algérien à ses idoles qui ont défendu les couleurs nationales au prix de leur sueur et
de leur ténacité qui n’ont d’égale valeur que la fierté d’une nation comme celle qui a enfanté et sacrifié un million et demi de martyrs pour sa libération. Un tel sacrifice, que seules les
valeureuses nations peuvent connaître, est chargé de symboles et de sens traduisant le degré d’attachement d’un peuple à sa terre, à son identité et à sa dignité. L’Algérien est patriote jusqu’à
la moelle et même jusqu’à la plus infime des veines dans laquelle coule le précieux liquide porteur de fierté et de bravoure. Le sentiment de hogra ressenti par les 35 millions d’Algériens
touchés dans leur dignité en regardant leur équipe nationale caillassée et leurs supporters agressés en terrain hostile a eu pour effet d’éveiller la flamme du nationalisme que le monde entier
lui reconnaissait.
Vingt-trois ans que l'Algérie attendait ça! Les Fennecs se sont
qualifiés ce mercredi pour la Coupe du monde sud-africaine en disposant (1-0) de l'Egypte en match d'appui au Soudan. La rencontre s'est jouée dans un stade El Merreikh surchauffé, où les
supporters des deux équipes, placés dans deux sections distinctes, se sont échauffés en sifflant les hymnes.
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